Les moines de Tibhrine…

Je découvre sur le blog de Yves Daoudal un éclairage très intéressant sur les fameux moines de Tibhirine (les 7 moines égorgés en Algérie en 1996, dont l’histoire inspira le film « Des hommes et des Dieux« …).

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En préambule, on signaleraqu’il ya quelques jours,  « La Ville de Paris a débaptisé le square Saint-Ambroise (devant l’église du même nom) pour en faire le « jardin des moines de Tibhirine ». L’inauguration en a été faite ce matin par Anne Hidalgo en personne. Et cela avec l’aval chaleureux de la… paroisse Saint-Ambroise, où l’on ne se demande pas une seconde par quel miracle il peut y avoir un tel accord entre une paroisse catholique et une municipalité aussi anti-catholique. Mais c’est bien sûr qu’à la paroisse Saint-Ambroise on est tout autant philo-islamique qu’à la mairie de Paris et qu’à… Tibhirine, et donc qu’il convient de célébrer ensemble ces hommes qui « ont toujours promu la rencontre et la fraternité avec les musulmans ». source

Afficher l'image d'origineLa conférence de Yves Daoudal se base sur l’analyse des propos publiés par le Père de Chergé,  supérieur de la communauté de Tibhirine. Je n’en retranscris ici que quelques extraits, mais l’ensemble de l’analyse est excellente et mérite d’être lue en entier :

 

« La théologie du P. de Chergé est tout à fait étrange. Ce qui est sûr est que cet homme, dont on fait volontiers un saint et un martyr, n’était plus catholique. Et c’est ce que je vais vous montrer, en m’appuyant sur les textes mêmes qu’il a publiés. »

« Pour le P. de Chergé, les martyrs sont des intégristes : Puisqu’il est question de le béatifier comme martyr, commençons donc par là. Le P. de Chergé était réfractaire à la notion de martyre de la foi. Il n’aimait pas les actes des martyrs, il l’a dit à plusieurs reprises, parce qu’il trouvait que les martyrs confessaient leur foi avec « dureté » face à leurs juges, avec un exclusivisme de la foi qui confinait à ce qu’on appelle aujourd’hui de l’intégrisme, puisqu’ils disaient qu’ils avaient raison et que leurs juges avaient tort. (…) »

(…) « Mahomet vivait en un temps où les chrétiens étaient divisés en diverses sectes. Et, affirme-t-il, « la division des chrétiens ne permettait pas de trouver la religion de l’amour ». C’est se moquer du monde. Mahomet, selon la tradition musulmane, vivait trois siècles après les conciles de Nicée et de Constantinople, deux siècles après saint Augustin, saint Jean Chrysostome ou le pape saint Léon, il vivait en un temps où des moines d’une parfaite orthodoxie peuplaient les déserts de Palestine et d’Egypte, et c’était un temps où l’on ne pouvait pas trouver la religion de l’amour ? C’est vraiment se moquer du monde. »

« (…) Pour l’heure, si les chrétiens sont divisés, les musulmans quant à eux sont unis. (…) Les musulmans sont donc en avance sur les chrétiens, et c’est pourquoi nous devons nous mettre à leur école. Et si les musulmans ont cette unité, c’est parce qu’ils sont inspirés par l’amour divin. Là, on nage en plein surréalisme. Mais le P. de Chergé paraît convaincu de ce qu’il raconte. »

« (…) Quand il affirme que « la religion de l’Unique est la religion de l’Amour », c’est en se référant aux mystiques musulmans. Mais les mystiques musulmans ne sont en rien représentatifs de l’islam ; bien au contraire, ils ont toujours été persécutés, précisément parce qu’ils disaient que la religion de l’Unique est la religion de l’amour. Et lorsque le P. de Chergé parle des mystiques musulmans, il pense aux soufis avec lesquels il a constitué un groupe de prière, appelé « Ribat es-Salam« , le lien de la paix (6). Ce groupe constitué des moines de Tibhirine et de soufis de la région se réunissait tous les six mois, pour prier en commun et méditer sur un thème.

Les soufis en question étaient ceux de la tarîqa al-Alawiya, fondée par le cheikh al-Alawi (1869-1934). (…) Sa conception de la religion musulmane était également très large. Il n’en retenait que l’essentiel… Ce que j’appréciais particulièrement en lui était l’absence complète de tout prosélytisme. »

On est là très loin de l’islam réel. Les soufis, héritiers des sectes néo-platoniciennes, ne sont musulmans qu’en façade. Et tout particulièrement ceux de la tarîqa du cheikh al-Alawi. Cette tarîqa fut la première à s’installer en France, non pas dans les milieux maghrébins, mais dans les milieux intellectuels européens. Elle eut parmi ses premiers adeptes occidentaux Frithjof Schuon, le grand disciple de RENE GUENON. [NB : Ooh, tiens, notre copain ésotériste franc-maçon…] Car Guénon, devenu musulman en Egypte, était en contact épistolaire avec le cheikh al-Alawi.

Le cheikh actuel de la tarîqa al Alawiya est Khaled Bentounès. Voici ce qu’il écrivait, en juin dernier :

« Voilà 60 ans que s’est éteint au Caire, dans la discrétion et la simplicité, l’homme, René GUENON, dont l’œuvre continue jusqu’à nos jours d’alimenter la réflexion de nombreux hommes et femmes à travers l’Orient et l’Occident. (…) Rendons hommage à ce fils d’Occident défenseur véridique de la Tradition Universelle par sa plume autant que par son comportement et l’exemple d’une vie à la rigueur exemplaire. »

(…) La différence comme sacrement de l’unité… Il est donc clair que nous sommes loin de l’islam du Coran (…) [NB : et bien près de la mystique FM…]

« (…) Nous sommes dans un au-delà des religions. Ce que R.GUENON appelait la Tradition, la gnose, ou la métaphysique, et al-Alawi « la Doctrine ». Les religions exotériques sont différentes, elles sont inconciliables, il faut les dépasser pour trouver l’Unité, par la voie ésotérique de l’initiation. »

« La différence a été créée par Dieu, qui sait ce qu’il fait. Ensuite, en fait, le P. de Chergé dévie, en parlant non plus de la différence mais de la « diversité », de la « variété » de la création, et il cite maints versets du Coran qui montrent que la diversité est un « signe » divin… »

Ne craignant pas de s’enfoncer toujours davantage dans l’apostasie, le P. de Chergé développe d’autre part une analogie entre le Verbe (Jésus) et le Coran :(…) Autrement dit, le chrétien doit reconnaître que le Coran est une manifestation du Verbe, de même que le Christ est une manifestation du Verbe, l’une incarnée dans un Livre, l’autre dans une personne. Mais comme il s’agit du même Verbe, cela ne fait pas nombre, on est toujours dans l’unicité de Dieu… Dieu est un, les hommes doivent donc eux aussi être un, malgré leurs différences, ou plutôt par le « sacrement » de leurs différences.

« (…) Ailleurs, le P. de Chergé appelle le Coran le « Livre de vie » des musulmans. Et il écrit toujours Livre avec un L majuscule. Et l’on a vu qu’il appelle souvent Dieu « l’Unique », pour souligner qu’il a le même dieu que les musulmans, reléguant du même coup la Sainte Trinité au rayon des accessoires.

(…)  Le P. de Chergé dit encore qu’il faut «entrer dans un dessein plus vaste qui fait sauter les pauvres frontières de nos exclusives ». Ces pauvres frontières, ce sont les dogmes chrétiens. Le Christ vrai Dieu et vrai homme, c’est une pauvre frontière. L’incarnation, la rédemption, ce sont de pauvres frontières. Il faut faire sauter tout cela, afin d’entrer dans un dessein plus vaste. (…)

« Et comment s’y prendre autrement qu’en aimant dès maintenant, gratuitement, ceux qu’un dessein incompréhensible de Dieu prépare et sanctifie par la voie de l’islam, et en vivant avec eux le partage eucharistique de tout le quotidien ? » Le partage eucharistique de tout le quotidien. Car on fait sauter aussi, bien sûr, la « pauvre frontière » de l’eucharistie Corps et Sang du Christ. C’est tout le quotidien partagé avec les musulmans qui devient Eucharistie.

C’est pourquoi, à Tibhirine, la messe du vendredi, célébrée à l’heure de la prière musulmane, avait une importance particulière.

C’est pourquoi aussi une grande salle du monastère avait été transformée en MOSQUÉE, et une autre pièce en ÉCOLE CORANIQUE. « Ainsi, écrit le P. de Chergé, cloche et muezzin se correspondent ou se succèdent à l’intérieur du même enclos, et il est difficile de ne pas accueillir l’appel à la prière, d’où qu’il vienne, comme un rappel de  la communion qui prévaut au cœur de Celui vers qui nous nous tournons avec le même abandon. » Il est difficile surtout de ne pas voir un blasphème dans cette phrase, comme dans tant d’autres »

« Dans le même ordre d’idée, il disait aussi : « Pour entrer en vérité dans le dialogue, il nous faudra accepter, au nom du Christ, que l’islam ait quelque chose à nous dire de la part du Christ. » Eh bien non, nous n’acceptons pas que l’islam qui blasphème le Christ ait quelque chose à nous dire de la part du Christ. L’islam n’a évidemment rien à nous dire, non seulement de la part du Christ, mais tout simplement sur le Christ. »

« (…) En 1994, l’Aïd el-Kébir avait lieu le 21 mai, la veille de la Pentecôte. Le P. de Chergé expliqua à un jeune musulman que la Pentecôte était une grande fête chrétienne, comme l’Aïd el-Kébir. Et le jeune musulman lui demanda : « Alors, qu’est-ce que tu égorges ? »

Deux ans plus tard, jour pour jour, ce sont les moines qui étaient égorgés.

>>> A voir ici : la conférence de Douadal à lire en entier .

 

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