Le mythe des femmes qui n’ont pas d’âme…

Certains prétendent que l’église a nié pendant des siècles  que les femmes avaient une âme, ou qu’elle en a âprement débattu en Concile…

Source initiale : Grégoire de Tours, évêque et historien, écrit en racontant le Concile de Mâcon en 585 : « Il y eut dans ce concile un évêque qui disait que les femmes ne pouvaient être appelées « homo » (homme). Cependant, il se tint tranquille lorsque les évêques lui eurent fait entendre raison, en citant le passage de l’Ancien Testament, qui dit qu’au commencement, quand Dieu créa l’être humain, il le créa mâle et femelle, et lui donna le nom d’Adam, ce qui veut dire homme de terre, appelant ainsi du même nom d’homo la femme et l’homme. »

>>> Notons d’abord que ce débat n’est même pas notifié dans les actes du Concile : il s’agit sans doute d ’une question posée hors programme par un des évêques, au cours de discussions libres ; notons ensuite il s’agit uniquement d’un problème de vocabulaire, car il ne s’agissait pas de savoir si la femme avait une âme, mais si on pouvait la désigner aussi sous le terme générique « homme » . Ce n’est donc pas une difficulté philosophique, mais bien linguistique. (jusque là, en latin, le mot « homo » désignait toute l’humanité sans distinction de sexe,  le mot « vir » désignant l’individu masculin, et « femina » l’individu  féminin. Mais au VIe siècle, la langue latine évolue : le mot « vir » n’est plus guère utilisé, et le mot « homo « , outre son sens universel,devient de plus en plus souvent utilisé pour désigner un individu de sexe masculin).

Les femmes ayant été baptisées aussi bien que les hommes dès les origines de la chrétienté, sans oublier les nombreuse saintes et martyres, discuter de savoir si les femmes ont une âme serait absurde…

 – Construction du  mythe –

1) En 1595, Valens Acidalius, fils d’un pasteur protestant (merci la Réforme),  aurait publié  « Argumentation nouvelle contre les femmes, prouvant qu’elles ne sont pas des êtres humains » : il s’agit d’un pamphlet satirique, destiné à caricaturer les raisonnements à l’aide desquels les anabaptistes contestent la divinité de Jésus-Christ : il veut montrer que le même genre de raisonnements permettrait de prouver la non-humanité des femmes. Il ne parle pas du concile de Mâcon, mais affirme que les anabaptistes  dénient une âme aux femmes. Ces badinages sur les Saintes Écritures furent mis plusieurs fois à l’Index par l’Église catholique.

2) Le mythe prend racine au 16eme siècle par les écrits haineux d’un Luthérien (bravo la Réforme), Lucas Osiander. (>>> Résumé de sa pensée : « Ouéé, d’abord si les femmes ne sont pas des humains, alors la mère de cet évêque débile, c’est une truie, nananère » . Je déforme à peine.)

3) Un pasteur Luthérien (bravo la Réforme), Johannes Leyser, publie en 1676 un ouvrage intitulé « Le triomphe de la polygamie« , où, renvoyant à Osiander, il reprend l’idée que les pères conciliaires de Mâcon auraient bel et bien mis en doute l’appartenance des femmes à l’humanité. Farouche misogyne, il voit là un argument en faveur de sa thèse (« Parmi les saints pères, il y en eut un qui défendit l’idée que les femmes ne pouvaient pas être appelées des êtres humains. L’affaire parut si importante qu’on la débattit publiquement en présence de Dieu, et ce ne fut qu’après de vives et nombreuses controverses que l’on conclut que les femmes étaient de l’espèce humaine. » -LOL- )

4) En 1697, Pierre Bayle, grand érudit calviniste (Réforme toujours) se fait complaisamment l’écho de ces publications.

5) Puis un essai de 1766, « Paradoxe sur les femmes où l’on voit qu’elles ne sont pas de l’espèce humaine », par Charles Clapiès, docteur en médecine.

6) Puis le Marquis de Sade, dans Justine ou les malheurs de la vertu, se fait l’écho de cette légende, dans un discours censé justifier la domination sur la femme.

7) Au XXe siècle, le mythe est encore relayé par Benoîte Groult (féministe), Hervé Bazin (extrême gauche), Jacques  Le Goff (historien communiste et marxiste), Pierre Darmon (né en Algérie, docteur au CNRS, qui affirme en 1984 dans « Mythologie de la femme » que les évêques du concile ont même voté « de justesse  » à quelques voix près que la femme avait une âme… avant d’admettre du bout des lèvres son mensonge en 2012, dans un nota bene de « Femme repaire de tous les vices« ),

8) Last but no least, en 2005, Michel Onfray dans son « Traité d’athéologie » fait discuter les évêques du concile de Mâcon (585) au sujet du livre d’Alcidalus Valeus (évoqué en 1)), pourtant paru mille ans après ce concile ! (en 1595)…

Hé ben, tout ça fleure bon l’honnêteté intellectuelle…

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